Image et visage de l’esclavage

Dans la rubrique Paroles de Virjil

Mieux que les cyclones, ceux qui fabriquent la Une des actualités font la pluie et le beau temps. Voici, ces derniers temps, l’esclavage revenu à la Une, raflant tous les scoops sur son passage. Comme orchestration d’une émotion publique captive, on ne peut pas faire mieux. Madame ou Monsieur Tout-le-monde est bouleversé dans sa chair et appelé à protester.

Ces derniers mois, les séries télévisées comme « Racines » ou « Victoria » ou la rediffusion du film « Twelve years a slave » n’ont cessé de montrer la cruauté du système esclavagiste. Cela n’a suscité aucune révolte visible, juste le sentiment d’être spectateur d’un passé qui ressemble au nôtre, sans l’être tout à fait. Et puis sont arrivées ces séquences relayées par les chaînes occidentales et les réseaux sociaux : la vente de nègres en vrai… Alors, là, débordement d’émotion : il faut se méfier de l’esclave qui dort au fond du cœur de l’affranchi. Du coup, en France, des appels à manifester devant l’ambassade de la Lybie et, en Guadeloupe, sur la Place de la Victoire, en plus des pétitions qui circulent.

Etrange anachronisme en Guadeloupe où, en considérant le comportement quotidien des guadeloupéens, l’esclavage serait bien aboli, depuis 1848. Ça se commémore volontiers, mais jamais ne se remémore, au point d’habiter la vie de tous les jours. Alors, que se passe-t-il ?

Le samedi 18 novembre 2017, à Pointe-à-Pitre, ils étaient une quarantaine, à clamer comme Delgrès en 1802 : « Vivre libre ou mourir ». C’était loin d’être un remake de l’insurrection anti-esclavagiste de l’époque, juste la démonstration que quête de liberté de nos pères était encore de mise, parce que le monde d’aujourd’hui nous y invite. Une quarantaine, cela paraît peu, mais la dignité n’attend pas le nombre des adeptes. À entendre les diverses réactions, dans les conversations de la place du marché, il n’est pas de femmes ou d’hommes, vieux ou jeunes, qui n’ait été profondément bouleversé par le choc de ces images. Même un député BCBG a dû se fendre à l’Assemblée d’une interpellation à la France, avec standing ovation.

On ne peut jeter la pierre à personne de se réveiller soudainement de la torpeur amnésique. Cependant, puisque le mur de l’ignorance s’est un peu lézardé, pourquoi alors ne pas profiter de cette ouverture pour inviter à aller regarder derrière ? La Lybie qui sert de point de mire n’est que la conséquence de l’œuvre de destruction d’un Etat souverain. Si ce pays est à la dérive, si la violence et la persécution des africains noirs y règnent, la France aurait plus à nous dire que cris de vierge effarouchée. Les marchands d’esclaves ne sont pas de la génération spontanée, ne sont-ils pas arrivés dans les bagages de l’OTAN ? Qu’on en appelle aujourd’hui à l’humanitarisme, c’est la moindre des choses. Sans faire oublier, cependant, que c’est aussi sous des prétextes humanitaires que Paris, Washington et Londres ont fait lyncher Mouammar Kadhafi, sans autre forme de procès. Tout cela pour introduire en Lybie la loi de la jungle, le règne absolu des milices et finir par le marché aux esclaves.

Comme maquillage avec les bons sentiments de la rapine des richesses de l’Afrique exercée par les Puissance occidentales, CCN aura fait très fort. Le fait de d’attiser nos vieilles colères anti-esclavagistes ne serait qu’effet collatéral, et c’est tant mieux. L’esclavage dont nos pères ont souffert avec la Traite meurtrière qui a duré des siècles était aussi présenté comme éminemment catholique. Qui pousse aujourd’hui des centaines de milliers d’africains à franchir la Méditerranée au péril de leur vie ? Qui les met à la merci des passeurs pour être vendus comme du bétail ? Quels sont les Etats qui s’arrogent le monopole des Droits de l’Homme et dont les médias se gargarisent de bonne conscience ? Tout se passe, en effet, comme si « les sauvages » ce sont toujours nous autres, à la peau noire de préférence. Les mêmes que depuis des siècles il faut à tout prix « civiliser » par le fer et le feu… Quand le mensonge ne suffit plus.

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