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Phil et Zophi

Phil et Zofi

Dans la rubrique Phil et Zophi

PHIL : Tchÿip…Tchÿip !

ZÒFI : Tchÿip … Tchÿip, quoi ? On dirait que tu t’entraines à une nouvelle langue…

PHIL : C’est l’emmerdation, ça, pas une nouvelle langue

ZÒFI : Ok… Une langue ancienne comme nous-mêmes… Palé ban mwen !

PHIL : Je viens de recevoir un coup de fil de mon compère Tètè, de Gourbeyre…

ZÒFI : Je vois, ton ami frère… Ne me dis pas que…

PHIL : Non. Il est très malade, mais ça ira encore quelques temps. Ce qui me fait mal c’est que ça fait des années qu’on doit se voir… Et qu’on n’y arrive pas

ZÒFI : Je comprends. Lapointe-Gourbeyre ou Gourbeyre-Lapointe, la journée… c’est un voyage long et fatiguant

PHIL : Et, à nos âges, aucun de nous ne conduit plus la nuit…

ZÒFI : Heureusement qu’il y a le téléphone portable, mais quand même, on s’est perdu de vue.

PHIL : Avec tous ces embouteillages, tout le temps en continu.

ZÒFI : Je ne sais plus s’il a encore des dents, des yeux, des jambes…

PHIL : Bientôt, c’est à coups de klaxon que le monde raisonnera

ZÒFI : En litres d’essence, en traites de voiture, en heures de travail perdues dans les bouchons

PHIL : En accidents de la route qu’ils compteront leurs morts…

ZÒFI : Sans plus pouvoir se donner la main, se rencontrer, se rassembler

PHIL : En conclusion, la merde c’est maintenant.

Phil et Zophie

Dans la rubrique Phil et Zophi

Zòfi : Figure-toi, ce matin, après une heure de queue à La Poste, c’est juste quand mon tour arrive que la connasse du guichet profite pour s’absenter…

Phil : Et alors ? Tout le monde a droit à une pause-pipi… Même à La Poste. Non ?

Zòfi : Vu comme ça, oui. Mais, moi, pendant une heure je me suis retenu, pour ne pas perdre ma place dans le rang… En plus, je me suis encore retenu pour ne pas…

Phil : Quoi ?… Ne pas faire un cas…Pour aller en prison ?

Zòfi : Et alors ? A pa pou chyen lajòl fèt !

Phil : On peut toujours le dire tant qu’on n’y est pas.

Zòfi : Ou ni rézon…Même en tant que gardien

Phil : Les détenus ne sont pas des anges…

Zòfi : …Ni les surveillants des anges-gardiens

Phil : Y’a qu’à voir, maintenant ils ont tous maille à partir avec la police.

Zòfi : On aura tout vu, vraiment.

Phil : Y’a peut-être trop longtemps qu’on vit.

Zòfi : Si ça se trouve, on est déjà mort, et on est en enfer.

Phil : Moi, en enfer ? C’est une erreur judiciaire.

Zòfi : La Justice Divine est débordée, mon vieux…Si ça se trouve, Saint Pierre fume des joints

Phil : Donc, Là-Haut, y’a des descentes de flics qui se perdent…

Zòfi : Mais oui…

Phil : N’empêche… On est là, ensemble

Zòfi : Oui… Et la mort dans l’âme, on va se boire un coup.

Phil : En attendant le vrai Jugement Dernier

Zòfi : Tu sais, Saint Pierre et tous les Saints, je les emmerde.

Phil : Awa, pawòl a’w pa tan mwen…Sacripant !

PHIL ET ZÒFI

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PHIL : Zòfi, tu as commencé à réfléchir à ton avenir ?

ZÒFI : C’est à moi que tu parles ?

PHIL : Zòfi, c’est bien toi ?

ZÒFI : C’est pas à un jeune que tu t’adresses. Mon avenir c’est la retraite.

PHIL : C’est mince financièrement, la retraite

ZÒFI : C’est vrai. Mais j’ai pas l’intention de mourir sur l’or

PHIL : Parole en bouche !… Tu devrais te pencher sur l’autoentreprise

ZÒFI : Pour quoi faire ?

PHIL : Eh bien, ce que tu as fait toute ta vie, mais à ton compte.

ZÒFI : En gros, devenir mon propre chef avant de casser ma pipe ?

PHIL : C’est à peu près ça.

ZÒFI : C’est ce que tu envisages, toi ?

PHIL : C’est mon chef qui me l’a suggéré. Devenir prestataire après avoir été salarié

ZÒFI : J’ai pigé. La charge du salaire en moins pour lui…

PHIL : … Et l’expérience en plus. Tout bénèf !

ZÒFI : À ce train-là… Le jeune qui arrive n’a aucune chance.

PHIL : Bien sûr, il en a une : se mettre comme moi autoentrepreneur et se battre

ZÒFI : Tu ne te rends pas compte de ce que tu fais, là ?!

PHIL : Euh, je plaisantais… Mais mon patron, lui, il ne plaisante pas.

ZÒFI : Chacun pour soi, après moi le déluge !

PHIL : ça, c’est pas pour demain. On y est déjà

PHIL ET ZÒFI

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PHIL : Vieux frère, qu’est-ce que tu as prévu pour les fêtes ?

ZÒFI : Bwè dlo an mwen, é sé tout.

PHIL : Tu plaisantes où quoi ? Au moment où l’on annonce des coupures d’eau tournantes !?

ZÒFI : Tu n’as rien entendu d’autre aux infos ?

PHIL : Oui, mais rien de plus important, et grave.

ZÒFI : Tu n’as pas entendu qu’ils allaient intensifier les contrôles d’alcoolémie sur les routes pendant les fêtes…

PHIL : Bien sûr, qu’est-ce qui cloche là-dedans… Tu conduis, tu bois de l’eau.

ZÒFI : C’est précisément ce qui cloche… Y’aura pas d’eau… Et jus, limonade, tout ça… ça fait grossir.

PHIL : Tu ne peux pas rester sérieux ? La situation ne me donne pas envie de plaisanter… Ni d’ailleurs de faire la fête.

ZÒFI : Allons, mon vieux, passe l’éponge !

PHIL : Je veux bien, mais sur quoi ?… Tout est sec.

ZÒFI : C’est bien ce que je te disais. Faut arroser un peu.

PHIL : Avec tous ce ti-feux ?… Tu vas te brûler.

ZÒFI : Tu sais bien : c’est le poil du chien qui guérit de la morsure du chien.

PHIL : De tels raisonnements, ça peut aller loin. Tu te rends compte ?

ZÒFI : Alors, qu’est-ce qu’on fait ici, on commande deux verres d’eau ?

PHIL : OK, mais de l’eau gazeuse… Y’en a une bonne qui vient d’Italie.

ZÒFI : Pour moi, ce sera comme amortisseur, après mon feu.

PHIL ET ZÒFI

Dans la rubrique Phil et Zophi

PHIL : J’ai lu que le CHU va rouvrir. Quel soulagement !

ZÒFI : Moi, je ne suis pas du tout rassuré.

PHIL : ça ne m’étonne pas… C’est la position de tes amis syndicalistes.

ZÒFI : C’est la position de ceux qui bossent là-dedans.

PHIL : Et le directeur, il ne bosse pas là ?

ZÒFI : S’il te plaît, pas de dispute inutile. Le problème est grave.

PHIL : Je conçois que cette réouverture n’arrange pas tout le monde.

ZÒFI : Arrête avec tes couillonnades !

PHIL : Je te jure… Par exemple mon vieux cousin Aristote… Tu te rappelles de lui ?

ZÒFI : Bien sûr, comment oublier cet emmerdeur de première ?

PHIL : Eh bien, il était hospitalisé au CHU, mais pas assez malade. Donc, hospitalisation à domicile.

ZÒFI : I a kaz a’y !? I ni chans.

PHIL : Il a droit à une petite infirmière tous les jours.

ZÒFI : Eh bien, que demande le peuple ?

PHIL : Le problème c’est que, dès qu’il la voit, il se sent mieux et chaque fois qu’elle s’en va, il se sent au plus mal.

ZÒFI : La pauvre !

PHIL : Je dirais plutôt « le pauvre »… Parce qu’il a peur qu’avec la réouverture ça s’arrête.

ZÒFI : Pas obligé…

PHIL : En tout cas, rien que de penser qu’il ne verra plus la petite, il est déjà à l’article de la mort.

ZÒFI : Krrraaa kra… Tu as réussi à me faire rire, mon vieux. Ça, ça s’arrose.

PHIL ET ZÒFI

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PHIL : Cyclones, assassinats, accidents de la route, notre seul Centre Hospitalier Universitaire qui brûle, bagarres tous les jours dans les Lycées et les grèves à répétition qui repartent… De la folie. O nou kay menm ?

ZÒFI : On va au même endroit, mon cher.

PHIL : Où ça ?

ZÒFI : Ici-même, en Guadeloupe.

PHIL : Alors, c’est ça… On fait du sur-place.

ZÒFI : Si tu veux… Le pourrissement d’une situation qui mûrit sur pied, donc bouge autrement.

PHIL : Là, tu me fais de la Philo, Zòfi.

ZÒFI : Un constat, rien de plus. Qu’est-ce qui s’améliore, d’après toi ?

PHIL : Si je comptais sur un ami pour me rassurer… Eh bien, c’est loupé.

ZÒFI : Tu veux quoi… Passer Noël tranquille ?

PHIL : Entre autres…

ZÒFI : Hélas, je ne peux rien pour toi. Je ne suis pas le Père Noël.

PHIL : Tu cites Macron, maintenant ?

ZÒFI : Il suffit qu’il sorte une banalité, ton Macron, ça devient citation.

PHIL : N’empêche, il l’a dit

ZÒFI : Qu’il ne nous sorte pas un « jirémanman » ! Parce que ça deviendra Parole Sainte.

PHIL : N’empêche… Il me rassure au moins, lui. Plus que toi.

ZÒFI : Eh bien tant mieux ! Je lui laisse volontiers le sale boulot.

PHIL : Et tu fais quoi ?

ZÒFI : Rien d’autre que vivre ici. Dans notre pays de merde.

PHIL : Toute petite ambition… Avoue !

ZÒFI : Oui, je l’avoue : mon Noël s’annonce bien, avec les gens que j’aime, dont quelques grévistes. Et toi, bon voyage !

PHIL : Pourquoi tu te fâches ?

ZÒFI : Moi, fâché ? Non. J’accorde à mes amis des moments de lâcheté… Et même d’idiotie.

PHIL ET ZÒFI

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PHIL : On va vers la fin de l’année 2017. Une année qui compte.

ZÒFI : Qui compte combien ?

PHIL : Eh bien… 1967 a eu 50 ans.

ZÒFI : Moi aussi… J’ai failli croire que tu voulais me fêter …

PHIL : Non, je n’y pensais pas.

ZÒFI : Je sais bien. Tu pensais aux massacres et aux morts.

PHIL : Eh oui… Ça ne s’oublie pas.

ZÒFI : Mais je suis la preuve qu’une autre chance pour le pays est née cette année-là. Non ?

PHIL (éclatant de rire) : Explique-moi ça un peu !

ZÒFI : C’est simple. Le pays n’est pas mort ce jour-là. Au contraire…

PHIL : Il est né, alors ?

ZÒFI : On peut dire ça comme ça… Mais je dirais plutôt: il a mûri.

PHIL: Mûri ?… En oubliant ce qui s’est passé ?

ZÒFI : Personne n’a oublié…Même ceux qui n’ont rien subi, rien vu, y pensent encore.

PHIL : M’ouais… Mais quand même…

ZÒFI : Faut pas confondre oublier et garder au fond du cœur, c’est pas la même chose.

PHIL: Tu veux dire que ce n’est pas la peine de faire savoir.

ZÒFI: Faire comprendre, c’est mieux. Et pour ça il faut plus qu’une date.

PHIL : Faut aussi en parler. La preuve, tu es né en 1967, tu as su comment ? Tes parents ?

ZÒFI: Ici, les parents ne déposent pas le deuil dans le berceau des enfants.

PHIL : N’empêche…

ZÒFI : Tu regardes et observes le pays…Tu remontes le fil de l’histoire des nègres…

PHIL : Ça ne suffit pas. Cette année-là, y a eu crime d’Etat. Il faut que ce soit reconnu et réparé. Comme tout crime.

ZÒFI : J’avoue… J’avais pas vu ça ainsi… An ka ba’w rézon a’w.

PHIL ET ZÒFI

Dans la rubrique Phil et Zophi

ZÒFI : Dis-moi, Phil. Tu peux m’expliquer pourquoi tout ce wélélé sur l’esclavage?

PHIL: Eh bien, je crois que Schœlcher n’a pas réglé tout le problème.

ZÒFI : Parle pour toi ! Moi, je ne l’ai jamais vraiment senti, ce type.

PHIL: C’est un Grand Monsieur, pourtant. Il s’est battu pour nous. Qu’est-ce qu’il avait à y gagner, lui perso ?

ZÒFI : Beaucoup… Demande aux Gros, ces mêmes familles anciennement propriétaires d’esclaves et regarde la couleur de ceux qui travaillent encore pour eux !

PHIL: C’est bien ce que je te disais… Il n’a pas tout réglé.

ZÒFI : N’empêche… On le célèbre comme le Bon Dieu.

PHIL: Tu exagères… Faut simplement rendre à César ce qui appartient à César.

ZÒFI : Oui, mais qu’est-ce qui reste pour nous : dire merci sans fin ? … Alors, pourquoi brusquement ce wélélé ?

PHIL: Tu n’as pas vu ce reportage sur les noirs vendus comme des esclaves en Lybie ?

ZÒFI : Oui, j’ai vu. Et alors ?

PHIL: Ça ne t’a pas remué ?

ZÒFI : Disons que ça m’a trouvé déjà remué. Je vis ici, je te rappelle. J’ai vu assez de profitation sur ma race pour être un remué permanent.

PHIL: On dirait que ça te gêne de voir les gens aussi touchés.

ZÒFI : C’est pas ça…

PHIL : C’est quoi alors ?

ZÒFI : Beaucoup de ces noirs vivaient en oubliant ce qu’ils sont, comme des blancs. Je ne les ai jamais vus là où il fallait, quand il le fallait…

PHIL: Eh bien, mieux vaut tard que jamais…

ZÒFI : Je veux bien, mais trop de « noirs » de dernière minute sur le marché, ça va finir par tuer le métier.

PHIL ET ZÒFI

Dans la rubrique Phil et Zophi

PHIL: Hé, monkonpè ! Pourquoi cette tête d’enterrement ?

ZÒFI : Enterrement… C’est bien le mot

PHIL : Dis-moi qui est mort ! Je connais ?

ZÒFI : Tu n’as pas écouté la radio ?

PHIL : Non, pas les avis d’obsèques. J’avoue que plus ça va plus j’évite… Ça me casse le moral.

ZÒFI : Je te parle des infos.

PHIL : C’est kif-kif… ça aime parler des morts

ZÒFI : Paraît que dans 20 ans, les vieux comme nous, seront la moitié du pays.

PHIL : Oui…Mais l’autre moitié ?

ZÒFI : Ében, une bonne moitié du reste ce sera les futurs vieux de quarante ans à la montée, et juste quelques exemplaires de ce qu’on appelle encore La Jeunesse.

PHIL: Tu veux que je te dise ! Y’a de l’exagération dans tout ça…Les journalistes, tu sais…

ZÒFI : Et pourquoi, d’après toi ?

PHIL: Pour nous désespérer…C’est évident.

ZÒFI : À ton âge… Quels sont tes projets ?

PHIL (riant) : Ében… À part crever… C’est commencer ce que je n’ai pas encore fait…

ZÒFI : Et c’est quoi ?

PHIL : Aller voir mes petits-enfants…

ZÒFI : Et ils sont où ?

PHIL : Une partie en France, l’autre au Canada

ZÒFI : Tout comme les miens… Tu vois, on s’est compris.

PHIL : Y’a pas de mal à garder le pays en leur absence… En attendant

ZÒFI : Vaste programme ! C’est vrai que ça aide à vivre

PHIL : ça permet au moins d’améliorer le système de santé, d’adapter l’habitat pour le confort des aînés, etc… ça réfléchit, en haut lieu !

ZÒFI : En gros, de préparer notre départ dans l’au-delà sans trop de casse, sans envisager le retour des jeunes.

PHIL : Normal. C’est qui, qui vote ? C’est nous, pas eux.

PHIL ET ZÒFI

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PHIL : Ka ki rivé’w, lèfrè, tu as perdu un parent ?

ZÒFI : Non, je pense en silence…

PHIL : Woy ! La chose est tellement rare, ça se fête

ZÒFI : Arrête, c’est sérieux. Il s’agit de Nous

PHIL : Ki Nou ? Nous tous ou nous deux

ZÒFI : Nous tous ET nous deux…

PHIL : Qu’est-ce-qui se passe ?…Je ne t’ai rien fait, moi !

ZÒFI : Tu ne t’es jamais demandé pourquoi on se rencontre si souvent ?

PHIL : Eben oui, en ce moment même… Parce que tu vas encore dire une connerie…

ZÒFI : Mais il t’en faut, pour te croire intelligent. Pas vrai ?

PHIL : Connerie !

ZÒFI : Tu vois, on n’a pas le même cerveau …

PHIL : Tu n’aimes pas le corossol, moi, j’adore…

ZÒFI : Tu es allergique au lambi, moi, j’adore… Tu as des salariés, moi, je suis salarié

PHIL : C’est vrai, on n’a rien de commun…

ZÒFI : Si, si… Cherche bien

PHIL : Vois pas

ZÒFI : Tu as un autre pays que celui-là ?

PHIL : Ma foi, non.

ZÒFI : Ében, moi non plus.

PHIL ET ZÒFI

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ZÒFI : Sa pa kay pou Kaï

PHIL : Ka ki kaï ?

ZÒFI : Ayen pa kaï

PHIL : Comprends pas… À te voir aujourd’hui, je crois que tout va bien. Sa kaï…

ZÒFI : Eben non

PHIL : L’explication !

ZÒFI : Kaï c’est le dernier lamantin… Sa pa kay

PHIL : Ah oui, j’ai compris. Je l’ai entendu aux infos… Paraît qu’ils vont le renvoyer chez lui

ZÒFI : J’ai peur qu’il n’y arrive pas vivant

PHIL : Si c’est pas malheureux !

ZÒFI : Et tout ça pourquoi ? Comme si ce qui manque le plus à la Guadeloupe…

PHIL : …Ce sont les lamantins

ZÒFI : Le Lamentin, ça suffit déjà !

PHIL : ça, tu peux le dire… D’ailleurs, c’est tout un pays qui nous manque.

ZÒFI : C’est vrai, chaque commune est un cas… Problème et problème et problème

PHIL : La différence, c’est qu’on ne peut renvoyer nos chômeurs nulle part, comme Kaï.

ZÒFI : Même si tu effaces le problème sur le tableau… Tant que tu n’as pas trouvé la solution, il persiste dans la tête.

PHIL ET ZÒFI

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PHIL : Les pêcheurs ont raison, mais je les trouve trop grandes-gueules.

ZÒFI : Grangèl, mon poisson préféré…

PHIL : Èben, moi aussi, figure-toi… Surtout la tête, en koubouyon… Mais je parlais de la grève des pêcheurs…

ZÒFI : Et alors ?

PHIL : Je veux dire qu’on peut revendiquer sans gueuler.

ZÒFI : Même quand on parle à des sourds pour sauver ton assiette ?

PHIL : Mon assiette ?

ZÒFI : Oui, ton koubouyon a grangèl

PHIL : Tu n’crois pas que c’est trop dramatiser. La mer ne va pas s’évaporer.

ZÒFI : La mer, non…

PHIL : Tu vois !?

ZÒFI : Mais les pêcheurs oui, si la pêche ne nourrit plus son homme.

PHIL : Incroyable…

ZÒFI :…mais vrai. Ou pé kouri répété sa, jous an gyèl a réken.

PHIL : An ba’w gangnè.

PHIL ET ZÒFI

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ZÒFI : Tu as vu mon maire à la télé, hier ?
PHIL : Awa… Qu’est-ce qu’il a dit ?
ZÒFI : Rien, et je suis d’accord
PHIL : Comment ? D’accord avec Rien ?
ZÒFI : C’est mon maire, c’est pas Rien, c’est Quelqu’un
PHIL : Quelqu’un qui ne dit Rien… Alors pourquoi la télé ?
ZÒFI : Eh ben, ça fait partie du job… On t’invite, tu vas.
PHIL : Et tu vas comme ça, bouche cousue ?
ZÒFI : Comment répondre intelligemment à des questions couillonnes…
PHIL : Y’a qu’à pas y aller. Boycotter, quoi.
ZÒFI : Ou bien tu y vas et tu fais grève du sens. Y’a pas que grève d’essence qui paie…
PHIL : Et ça rime à quoi ?
ZÒFI : Eh ben, on voit ta gueule… La télé c’est fait pour ça.
PHIL: Mais encore ?
ZÒFI : Istratégie… Istratégie ! Tu ne dis hak…Eh bien les gens vont chercher le fin mot au fin-fond.
PHIL: Laisse-moi te dire un truc ! Si la chair du zandoli  était si recherchée, l’animal ne se montrerait pas partout.

PHIL ET ZÒFI

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ZÒFI: Monchè, Dimanch an fouté on “Cassoulet William Soso” an kò an mwen. Quand tu fais revenir ça avec cive, tomates, piment…Et puis du riz blanc… Sé koupè dwét ! Y avait longtemps…
PHIL: Où tu as trouvé les tomates ?
ZÒFI : Tomates d’Italie pelées, en boite…
PHIL : É siv la ? Piman la ?
ZÒFI : Petits oignons-France à tiges…C’est presque tout comme. Et piment-Cayenne.
PHIL : Toi qui allais régulièrement au marché… Consommer local… C’est mort ?
ZÒFI : Sé lokal ki mò, pa konsomé ! Moi, je vis avec un ventre à nourrir, le moins cher possible. Avec tous ces dégâts de cyclone à réparer, tu sais…
PHIL : Et voilà ! William Soso, Hypermarchè et bannélo… Sauveurs de ventre ! Y’a que ça pour toi, le ventre… Hein ?
ZÒFI : Tous ceux qui comme toi ont l’âme pleine, vieux frère… Je les suis ventre à terre, mais pas vide.
PHIL: Fort minable…Fort minable !

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