Category archive

Paroles de Virjil

Faut-il euthanasier l’hôpital ?

Dans la rubrique Paroles de Virjil

Rouvrira-t-il ? Rouvrira-t-il pas ? Comme autour du chevet d’un grand brûlé, préfet, direction, agents hospitaliers et médecins ont des diagnostics contradictoires sur l’avenir immédiat du CHU…. Et les politiques de santé publique bégaient.

Un Centre Hospitalier Universitaire, le seul du pays, dont le processus vital est fortement engagé, ce n’est pas une mince affaire. Ce ne sont pas tant les dégâts causés par le feu qui inquiètent. Ils sont probablement réparables. C’est l’état général de santé du brûlé et les principes de précaution non respectés bien avant le sinistre et par conséquent les chances d’une bonne convalescence et d’une vraie guérison.

Depuis bien longtemps avant, le personnel avait donné l’alerte. Les syndicats disent que les autorités hospitalières restaient sourdes. Les décideurs, plus concentrées sur une gestion financière vouée à faire des économies de bout de ficelles, choisissaient déjà de jouer à la roulette russe. Tout en jouant la montre sur l’ouverture d’un CHU flambant neuf, présenté comme une Terre Promise pour les malades et les soignants. Cela aurait pu durer longtemps: passer chaque jour entre les gouttes de pluie sans être mouillé, en soignant vaille que vaille, sans scandale majeur qui fasse la Une des journaux.

Le sort en a voulu autrement, dans les circonstances que l’on sait. Une carte sanitaire bouleversée de force. Pourtant, au-delà de l’affolement, on a pu se demander si à autre chose malheur n’était pas bon; si, de fait, la nécessité d’une répartition des soins sur l’ensemble du territoire ne préfigurait pas l’option d’une politique de santé de proximité.

C’était peut-être l’occasion de tout revoir, sous le feu de la malheureuse expérience. Écouter enfin ceux qui travaillent tous les jours dans le CHU depuis des années, qui voient passer un flot ininterrompu de malades en tremblent pour la sécurité de tous. Ce n’est pas un péché d’exprimer cela par la voie syndicale lorsque le dialogue entre l’ensemble de la communauté hospitalière devient difficile.

Une autre raison de ne pas blâmer une contrariété : solidarité admirable de tous les professionnels de la santé et de la sécurité lors de l’incendie. La priorité fut de sauver des vies. Rien d’autre n’avait d’importance. Ce comportement, animé par une même éthique augurait de jours meilleurs en matière de dialogue. Mais voilà….

Rouvrira-t-il ? Rouvrira-y-Il pas ? Les questions touchant au long terme semblent achopper sur des petits intérêts immédiats, au-delà de la nécessité sanitaire. Excès d’imprudence de la part de la direction du CHU partisan d’une réouverture partielle? Excès de prudence ou hypocrisie d’une administration préfectorale qui mettrait en garde juste pour protéger ses arrières ? En tout cas, les questions posées par les syndicats relèvent du pur bon sens : si les causes profondes du sinistre subsistent, qu’est-ce qui garantit qu’elles ne reproduisent pas les mêmes effets, et peut-être en pire ? « Pourquoi les clapets de désenfumage, les extracteurs de fumée, les portes coupe-feu n’ont-ils pas fonctionné ? » Ce qui a obligé les autorités à faire évacuer tout l’hôpital. On ne voit pas pourquoi, en l’absence de réponses précises, une réouverture totale ou partielle serait envisagée sans risque. D’autant plus qu’une visite technique de la Sous-Commission Départementale pour la Sécurité (SCDS) à la tour Nord et aux 7ème et 9ème étages de la tour Sud a révélé de graves carences sur le plan de la sécurité incendie.

Il semble que ces constats sont la répétition des mêmes, bien avant l’incendie, et qui n’ont pas empêché le CHU de fonctionner comme si de rien n’était.

On pourrait s’interroger en ces termes : puisque l’acharnement thérapeutique pour sauver le CHU semble coûter trop cher, ce que personne n’ose avouer, faut-il alors euthanasier cet hôpital ? Cette question émane évidemment d’un profane, mais elle n’est certainement pas stupide. Autre répartition des lieux de soins, des malades et du personnel. Difficilement possible, mais possible tout de même, à la dimension de l’archipel guadeloupéen.

La Guadeloupe malade

Dans la rubrique Paroles de Virjil

« Hé léfrè, Lagwadloup malad » l’alerte lancée il y a des dizaines d’années par un chant de Guy Konkèt est devenu intemporelle. On la relance et la relancera en boucle sous toutes les formes et tous les tons à la moindre crise. Parce que la Guadeloupe va toujours mal. Et ceux qui font cercle à son chevet ne trouvent plus les mots qui soulagent.

La chanson concluait qu’il fallait « trouver docteur pour sauver le Pays. » Depuis, les experts, les spécialistes de toute discipline, dont singulièrement les politologues, les parents et amis se sont multipliés autour du malade. Entre les solutions péremptoires et les mots d’affections qu’il entend, il ne comprend plus grand-chose. Tout vivant que tu es encore, lorsque tu sombres dans l’inconscience, tu entends, oui, mais toute parole devient bla-bla-bla.

C’est sûr qu’au stade où en est la Guadeloupe, elle pourrait bien sentir diminuer sa capacité de croire en quiconque. Même le gadèdzafè du coin n’y peut rien qui, pendant longtemps, fut le dernier recours. Ne serait-ce que par affinité culturelle.

Le pire, c’est la situation du Guadeloupéen. Tout concourt à lui faire croire que plus la Guadeloupe est malade, plus il se porte bien. C’est le Pays qui l’empêcherait de s’épanouir tranquillement par son incapacité d’endiguer les immondices importées, d’éviter dans ses artères l’embolie causée tous les jours par trop d’automobiles, l’insécurité grandissante dont il est le théâtre. Ce pays est comme un boulet. Quand on veut s’élancer, il vaut mieux s’en défaire et s’envoler loin, loin, sans se retourner ou bien, même resté sur place, ne pas trop y penser, le rayer de son agenda, s’occuper de ses propres affaires en jouant perso de préférence… Être en partance tout en étant là.

Toute catastrophe, aussi bien naturelle qu’accidentelle vient prouver la gravité du mal. Eux-mêmes, les guadeloupéens, n’y sont pour rien. Ils sont victimes de leur propre pays, qui ne comprend même pas qu’il faut se bouger pour sortir de l’enclave. Peut-être même faire comme si sa situation géographique, là où passent les cyclones, était juste une mauvaise idée.

Un jour de grève, une minute de barrage, constituent le scandale suprême… «  La Guadeloupe va déjà assez mal, faut pas en rajouter ». On reproche au malade ses poussées de tension ou de fièvre, ses embouteillages dus aux opérations escargots qui ne sont pas pires que cette surabondance quotidienne de bagnoles qui vous font escargots quand vous êtes pressés.

Beaucoup de chômage, à peine tempéré par de nombreux emplois précaires; presque plus rien à produire et à vendre, mais beaucoup à acheter par containers entiers; ces âmes perdues errant dans les rues des villes et des communes, autour des écoles, voire même dedans, portées par des corps qui font frémir par leur jeunesse; un hôpital dit « de référence » qui flambe sans pourquoi ; enfin, des politiciens dont aucun ne fait un miracle… Des bolides qui tuent et ne cessent de se vendre sur une liste aussi longue et quotidienne que les avis d’obsèques.

Tout cela, selon le populaire, n’aurait d’autre explication que la Malédiction. Et cette Malédiction s’appellerait Guadeloupe. Toute autre explication fournie par la raison, la volonté d’y trouver remède, n’est entendue que vaguement dans un brouillard morbide, à travers la cacophonie des klaxons, les tubes qui font le buzz et les wélélé de colère, comme rien d’autre que du bla-bla-bla.

On repense encore à ces mots d’Aimé Césaire …dans [ce pays] inerte, cette foule criarde si étonnamment passée à côté de son cri comme |ce pays] à côté de son mouvement, de son sens, sans inquiétude, à côté de son vrai cri, le seul qu’on eût voulu l’entendre crier parce qu’on le sent sien lui seul ; parce qu’on le sent habiter en [lui] dans quelque refuge profond d’ombre et d’orgueil, dans [ce pays] inerte, cette foule à côté de son cri de faim, de misère, de révolte, de haine, cette foule si étrangement bavarde et muette.

1967-2017 QUÊTE CINQUANTENAIRE

Dans la rubrique Paroles de Virjil

Pour certains Guadeloupéens, l’année 2017 qui s’achève aurait été une parmi d’autres si elle ne marquait le cinquantenaire du massacre de 1967. Événement très lointain pour les nouvelles générations et encore présent, dans le souvenir et dans la chair de nombre de leurs aînés. Y-a-t-il pour autant deux catégories de guadeloupéens, l’une âgée et l’autre jeune, qui se tourneraient définitivement le dos ? Ça en a l’air, mais rien n’est moins sûr.

Observons deux événements apparemment sans rapport, qui se déroulent en même temps. L’un à l’université de Fouillole, Le Colloque International sur Mai 1967 ; l’autre pas très loin, au Pavillon de la Ville, près de la Place de la Victoire, Kamo Lari.

Le premier, quoiqu’il ait lieu à l’Université, attire plus de contemporains des événements de 1967 que d’étudiants ; le second a l’ambition de réunir les jeunes autour de la création artistique et il y parvient. Pour peu qu’en quittant l’un pour passer par la ville devant l’autre, le recueillement, le plaisir des retrouvailles entre anciens contraste avec le bouillonnement que l’on perçoit de la Place de la Victoire. Mais, peut-on en tirer des conclusions négatives ? D’un côté, les jeunes, plus précisément les étudiants, ne semblaient pas avoir été prioritairement conviés, de l’autre, les plus vieux ne pouvaient se sentir invités. Sauf les plus curieux dans les deux cas.

Il n’est pas absurde de penser que la Guadeloupe est et reste un vaste champ d’expression de tous les combats pour voir la lumière. C’est pourquoi les jeunes qui cherchent dans l’expression artistique comment exister en ce pays, avec d’autres ouvertures et d’autres goûts, sont sans le savoir les héritiers de ceux qui se sont dramatiquement heurtés au pouvoir, il y a cinquante ans. Certes, aujourd’hui, la jeunesse créative semble ne se heurter à rien. On dit la société permissive, les familles laxistes. Et les medias sont plus prompts à jeter leur dévolu sur la jeunesse, comme sur une source de jouvence. Puisqu’il faut divertir pour se faire pardonner de mal informer. Or, c’est précisément à cette société du spectacle et de la consommation que se heurte la créativité de la jeunesse. Elle est souvent enfermée dans la cage d’un format : le goût du jour, le buzz de l’instant.

Entre les deux, dans cette même Guadeloupe, il y a une parole qui se croit écartelée parce qu’elle circule mal. Mai 67, puisqu’il s’agit d’histoire et d’un fait de société majeur, aurait pu être un thème proposé aux étudiants dans leur programme, aux heures de cours. L’Université s’est contentée d’être le lieu d’un Colloque, au même titre qu’aurait pu l’être toute autre salle de conférence. Kamo Lari, même si son thème central est celui de la « culture urbaine », semblait s’ouvrir aux arts de la rue. La rue qui, littéralement, est l’espace commun, mais est laissée aux jeunes, comme pour s’en débarrasser.

Quelle que soit sa différence de forme, de rythme, de rime, qu’elle soit brûlante ou plus savante, la révolte a les mêmes origines. On pourrait aussi dire qu’elle n’a pas d’âge. Pourvu qu’on se demande, en revanche, pourquoi c’est la langue créole qui, sans hésitation, en est le véhicule privilégié et pourquoi les musiques intégrées viennent davantage de la Caraïbe ou plus généralement de l’afro-descendance des régions proches. En remontant l’histoire, on en arrive à 1967. L’année où, « dans un miroir de sang, sous des éclairs de mitraillette » de jeunes guadeloupéens ont vu leur pays définitivement différent.

Au fond, on serait tenté de dire qu’aujourd’hui, l’argile qui fait défaut à la Guadeloupe pour se pétrir un avenir, ce sont les guadeloupéens. Il en sera ainsi tant que telle catégorie, élite intellectuelle ou non, secteur professionnel ou tranche d’âge, s’arrogera à elle seule le monopole de l’identité. Dialogue, échange, tout ce qui est propre à réinventer les solidarités nécessaires, est désormais bon à prendre.

Image et visage de l’esclavage

Dans la rubrique Paroles de Virjil

Mieux que les cyclones, ceux qui fabriquent la Une des actualités font la pluie et le beau temps. Voici, ces derniers temps, l’esclavage revenu à la Une, raflant tous les scoops sur son passage. Comme orchestration d’une émotion publique captive, on ne peut pas faire mieux. Madame ou Monsieur Tout-le-monde est bouleversé dans sa chair et appelé à protester.

Ces derniers mois, les séries télévisées comme « Racines » ou « Victoria » ou la rediffusion du film « Twelve years a slave » n’ont cessé de montrer la cruauté du système esclavagiste. Cela n’a suscité aucune révolte visible, juste le sentiment d’être spectateur d’un passé qui ressemble au nôtre, sans l’être tout à fait. Et puis sont arrivées ces séquences relayées par les chaînes occidentales et les réseaux sociaux : la vente de nègres en vrai… Alors, là, débordement d’émotion : il faut se méfier de l’esclave qui dort au fond du cœur de l’affranchi. Du coup, en France, des appels à manifester devant l’ambassade de la Lybie et, en Guadeloupe, sur la Place de la Victoire, en plus des pétitions qui circulent.

Etrange anachronisme en Guadeloupe où, en considérant le comportement quotidien des guadeloupéens, l’esclavage serait bien aboli, depuis 1848. Ça se commémore volontiers, mais jamais ne se remémore, au point d’habiter la vie de tous les jours. Alors, que se passe-t-il ?

Le samedi 18 novembre 2017, à Pointe-à-Pitre, ils étaient une quarantaine, à clamer comme Delgrès en 1802 : « Vivre libre ou mourir ». C’était loin d’être un remake de l’insurrection anti-esclavagiste de l’époque, juste la démonstration que quête de liberté de nos pères était encore de mise, parce que le monde d’aujourd’hui nous y invite. Une quarantaine, cela paraît peu, mais la dignité n’attend pas le nombre des adeptes. À entendre les diverses réactions, dans les conversations de la place du marché, il n’est pas de femmes ou d’hommes, vieux ou jeunes, qui n’ait été profondément bouleversé par le choc de ces images. Même un député BCBG a dû se fendre à l’Assemblée d’une interpellation à la France, avec standing ovation.

On ne peut jeter la pierre à personne de se réveiller soudainement de la torpeur amnésique. Cependant, puisque le mur de l’ignorance s’est un peu lézardé, pourquoi alors ne pas profiter de cette ouverture pour inviter à aller regarder derrière ? La Lybie qui sert de point de mire n’est que la conséquence de l’œuvre de destruction d’un Etat souverain. Si ce pays est à la dérive, si la violence et la persécution des africains noirs y règnent, la France aurait plus à nous dire que cris de vierge effarouchée. Les marchands d’esclaves ne sont pas de la génération spontanée, ne sont-ils pas arrivés dans les bagages de l’OTAN ? Qu’on en appelle aujourd’hui à l’humanitarisme, c’est la moindre des choses. Sans faire oublier, cependant, que c’est aussi sous des prétextes humanitaires que Paris, Washington et Londres ont fait lyncher Mouammar Kadhafi, sans autre forme de procès. Tout cela pour introduire en Lybie la loi de la jungle, le règne absolu des milices et finir par le marché aux esclaves.

Comme maquillage avec les bons sentiments de la rapine des richesses de l’Afrique exercée par les Puissance occidentales, CCN aura fait très fort. Le fait de d’attiser nos vieilles colères anti-esclavagistes ne serait qu’effet collatéral, et c’est tant mieux. L’esclavage dont nos pères ont souffert avec la Traite meurtrière qui a duré des siècles était aussi présenté comme éminemment catholique. Qui pousse aujourd’hui des centaines de milliers d’africains à franchir la Méditerranée au péril de leur vie ? Qui les met à la merci des passeurs pour être vendus comme du bétail ? Quels sont les Etats qui s’arrogent le monopole des Droits de l’Homme et dont les médias se gargarisent de bonne conscience ? Tout se passe, en effet, comme si « les sauvages » ce sont toujours nous autres, à la peau noire de préférence. Les mêmes que depuis des siècles il faut à tout prix « civiliser » par le fer et le feu… Quand le mensonge ne suffit plus.

LES VIEUX … LE SEUL AVENIR DE LA GUADELOUPE ?

Dans la rubrique Paroles de Virjil

L’avenir prend de l’âge. Les projections démographiques l’annoncent depuis bien longtemps déjà. À l’horizon 2040, la population guadeloupéenne aura ralenti sa croissance: très peu de nouveau-nés, beaucoup de départs de jeunes et 40% de la tranche d’âge de 75 ans et plus, lié à deux phénomènes: la longévité et le retour massif de retraités ayant rêvé toute leur vie de faire du pays de leur naissance et de leur enfance le pays de leur vieux jours.

C’est une information objective, un diagnostic implacable, qui sonne comme une condamnation à mort ou une désespérance à perpète. Il y aurait de quoi secouer n’importe quelle communauté, la réveiller de son sommeil consumériste et la contraindre à regarder son avenir en face…Son avenir, et peut-être aussi son passé. Ça ferait un peu réfléchir.

Pourquoi, de nos jours, la normalité de chaque couple est de n’avoir en moyenne que deux enfants pour finir par les accompagner dès la fin de leur adolescence, tous ou presque, à l’aéroport pour le grand saut transatlantique, sans espoir de retour ?

Ce n’est pas le fait du hasard… « Mais, voyons, y’a rien en Guadeloupe. Pas de quoi s’en sortir par le haut ». On se le dit et le répète. Fatalité économique censée expliquer l’hémorragie de nos forces vives. Sur un nombre déjà plus restreint de jeunes, la part résiduelle, celle qui ne peut (ou ne veut) s’en aller, on n’a même pas prévu d’en faire des citoyens à part entière. Ils sont maltraités par l’opinion. Qu’ils tentent de gagner honnêtement leur vie, qu’ils se contentent de contrats précaires ou de jobs payés au lance-pierres ou d’expédients illicites et mortifères… Quand on parle autour d’eux de la Jeunesse, c’est comme d’un fléau, d’un produit inflammable ou toxique, en tout cas un problème, jamais une solution d’avenir.

Car il est Impossible pour une Guadeloupe auto-proclamée « Terre des Champions » de cloner à l’infini des super judokas, escrimeurs ou footballeurs. Et puis ce serait des gloires éphémères, contrairement à ces innombrables métiers dont elle aurait forcément besoin si elle osait se considérer comme un Pays à part entière, qui veut vivre et exister dans le monde, à partir de ses propres atouts.

Si l’on poussait encore les portes volontairement fermées de notre passé démographique, on se souviendrait du BUMIDOM. Pas moyen de l’éviter. Le souvenir d’une politique d’émigration massive de la jeunesse et la dénatalité qui l’a accompagnée. Il s’agissait pour les gouvernements des années 60, selon la formule d’un certain Général Némo de « vider le bocal »ou grouillait une jeunesse trop nombreuse et trop exigeante de justice sociale.

À cette époque, la démographie a d’abord obéi à l’injonction politique qui, plus tard, a muté en injonction culturelle s’incrustant dans les mentalités et les modes de vie. Les familles trop nombreuses devenaient la marque d’un pays qui faisait trop « Tiers-Monde » et pas assez France moderne.

Pourtant, ces familles populaires d’avant, avec une ribambelle d’enfants, jamais solitaires, n’étaient pas le fait de la pauvreté et de l’ignorance. C’était aussi instinct de survie d’une société rescapée d’un crime prolongé contre l’humanité. L’ex esclave, voulut éperdument se prolonger à travers une nombreuse descendance, faire société humaine vaille que vaille. Une jeunesse nombreuse, née sous le signe de la Liberté, ne faisait peur à personne, malgré des conditions de travail et de vie très dures. On ne comptait pas vraiment ses sous avant de procréer. On avait conscience qu’un meilleur avenir devait beaucoup au dynamisme et à l’esprit de lutte de la Jeunesse. Elle ne faisait pas peur au peuple, mais, en tout cas, au pouvoir.

Aujourd’hui, la démographie sert toujours la politique. Une politique de résignation. Comme s’il valait mieux que la Guadeloupe s’entende stagner et vieillir qu’espérer se régénérer. Elle vieillit, c’est un fait. Est-ce bien, est-ce mal ? Si c’est mal, la logique voudrait que soit mise en œuvre une politique nataliste et de retour au Pays. Préparer sur le long terme les conditions économiques, éducatives et culturelles de la renaissance. Au lieu de cela, on va aménager le territoire en vaste EHPAD et faire de la gérontologie un métier d’avenir.

LE POUVOIR DE POUVOIR

Dans la rubrique Paroles de Virjil

Quand on peut, on peut, et on le fait. Le jour même où débarque en Guadeloupe Philippe Edouard, le Premier Ministre de la France, ce samedi 4 novembre à Baie-Mahault, des guadeloupéens de tout bord se réunissent pour rassembler leurs idées sur la question d’un « Pouvoir Guadeloupéen autonome ».

Hasard du calendrier. Parce que les deux démarches sont (si l’on peut dire) autonomes : personne n’a demandé la permission à personne, le visiteur s’est invité lui-même, et les prétendus visités avaient déjà leur propre agenda. On pourrait néanmoins parler de symbole fort, démontrant, s’il en était besoin, que de la France aux outremers, les montres ne marquent pas la même heure et que l’Histoire en fait de même.

Qu’est qui peut motiver que, sur l’initiative d’un petit groupe, le CIPPA, des gens qui ne se fréquentent jamais, sauf dans le conflit, acceptent d’aborder ensemble pendant toute une journée, ce sujet tabou de l’autonomie politique ?

Le patron des patrons ; les représentants des MPI ; des militants qui croient en la classe ouvrière ou ceux qui n’y croient pas ou plus ; d’autres qui ne jurent que par le Peuple ou la Nation où pensent que l’horizon c’est l’indépendance ou rien, voire le communisme révolutionnaire ou rien ; le Président du Conseil Régional en personne et des directeurs de divers cabinets ; un représentant de la Droite (LR) ; des notables dont le nom sonne comme clairon aussi bien que des soldats solitaires et anonymes ; presque tout ce que le pays compte de groupes politiques, grands ou minuscules… Voilà, pour ce qui est des participants. Du jamais vu depuis bien longtemps.

Rien ne les forçait. Il n’y avait ni garde de corps ni service de sécurité ni flics… Personne ne semblait craindre pour sa vie, tant la parole était libre. Et souvent, les certitudes habituelles laissaient la place à de vrais questionnements. En fait, tout simplement, quelque chose a invité des guadeloupéens de toute sorte à venir parler de Guadeloupe et d’avenir, en appuyant le fait d’être sur le même bateau et de devoir affronter ensemble toute tempête. Tout cela ne serait que très banal s’il ne s’était fait jour au cours des débats, que le bateau était le bien commun, qu’il fallait cesser de se comporter en tant que simples passagers et de laisser à d’autres le gouvernail.

Est-ce une prise de conscience d’un jour ou est-ce un signe des temps ? Personne ne peut encore le dire. Si un des participants, y compris du CIPPA qui est incontestablement à l’origine de ce rassemblement, a la mauvaise inspiration de s’arroger l’unique paternité du résultat, tout repartira comme avant, dans les factions groupusculaires.

Comment penser Guadeloupe comme le bien commun des guadeloupéens et se comporter en conformité avec cette idée, sans pour autant gommer la diversité des approches particulières ? Telle est la vraie question, celle qui fait du Pays une valeur plus forte que chaque individu pris isolément. N’y-a-t-il pas suffisamment d’histoire partagée, de culture secrétée ensemble, d’adversité qui n’épargne personne pour s’en faire une raison de mettre têtes et bras ensemble ?

Maintenant que, malgré certains défenseurs résiduels, l’assimilation (ou son aggravation, la fusion) sont de moins en moins défendables –même semble-t-il par le Chef de l’Etat- c’est vraiment stupide d’opposer comme l’eau et le feu, autonomie et indépendance. C’est une querelle usée, du temps lointain où l’autonomie fut une manière de ne pas faire le deuil de l’assimilation et l’indépendance considérée comme l’aventure absolue. La querelle durera tant que les guadeloupéens résumeront leur devenir au choix de « statuts juridiques». Si l’on considérait les mots « Autonomie », « Indépendance », voire « Démocratie », comme ce qu’ils nomment vraiment, des valeurs humaines, des idéaux dont on se rapproche sans pour autant jamais les atteindre parfaitement, on saurait mieux mesurer les pas en avant, sans s’opposer les deux pieds et les emmêler.

N’est-ce pas la principale leçon de ce Colloque du 4 novembre, cette exemplaire concertation sur la question d’un « Pouvoir Guadeloupéen Autonome » ? Ne doutons pas qu’il ait une suite logique.

LAMENTIN CHERCHE LAMANTAINS

Dans la rubrique Paroles de Virjil

Je suis l’un des deux lamantins arrachés à Singapour pour vivre dans un bassin du Lamentin, une ville de Guadeloupe qui devrait son nom à notre espèce. Le premier, surnommé « Junior », n’a pas supporté le déplacement. Il est mort il y a un an, quelques mois après notre arrivée. Quant à moi, ils m’ont appelé « Kaï », je ne me sens pas bien. Au train où vont les choses, je crois que je suis bon pour un rapatriement sanitaire. Vivement Singapour! Quoique j’aie peur de ne jamais me remettre de cette aventure, et de ne pas pouvoir raconter à mes frères ce séjour en Absurdie.

Ils nous ont gavés de salade, mais je crois qu’en même temps ils se sont raconté à eux-mêmes des salades. Ils ont d’abord dit que nous étions venus pour boucher un trou de mémoire culturel. Rien que ça !

La ville qui porte le nom de notre espèce, différemment orthographié en français, était plutôt réputée pour la taille de son horloge (lòlòj Manten) et les frasques de ses élus que pour nos congénères qui peuplaient autrefois, pendant les siècles des siècles, le Grand-Cul-De-Sac marin. Disparus du lieu, ils étaient néanmoins présents dans la légende et l’imaginaire du peuple de ce pays sous le nom d’une divinité appelée « Manman Dlo ».

Personne ne nous l’a appris, nous l’avons su par nous-mêmes, car les ondes qui traversent les mers parlent aux êtres aquatiques. Les flots chuchotent ce que racontent les peuples africains-caribéens du bord de la mer, et même avant eux les autochtones d’avant la colonisation. Ils rapportent Simbi, Mami Wata, Yémaya, ou Yémanja…

Yémanja, par exemple, l’une des plus grandes divinités africaines brésiliennes du candomblé, déesse des eaux, tout à la fois mère et épouse d’Orunga, le Dieu de l’air, qu’elle conçut avec Aganju, celui de la terre ferme.

Telles sont les légendes que le lamantin inspira et qu’on raconte longtemps après leur disparition. Drôle d’idée de nous amener ici, soi-disant pour combler le vide d’un imaginaire, alors qu’il est encore vivant partout dans la Caraïbe ! Comment deux pauvres lamantins, en chair et en os, pourraient remplacer un patrimoine immatériel qui invite seulement un peuple à faire l’effort d’être soi-même, de concert avec ceux qui partagent son histoire et sa mémoire ?

Et nous voilà, emprisonnés dans une piscine, nourris de salade, auscultés, sans qu’aucun de ces scientifiques ne comprenne que, tout simplement, nous devenions malades de n’être pas chez nous. Maintenant qu’ils l’ont compris, que Junior est mort depuis un an, ils me renverront mourant à Singapour.

Pourtant, ils n’ont toujours pas compris. Ils semblent qu’ils veuillent obstinément renouveler l’opération. Ils croient, dur comme fer, que le lamantin pourra être « l’ambassadeur » d’un site menacé et fera augmenter la conscience des enjeux écologiques. Après un siècle d’absence de notre espèce autochtone, des espèces transplantées pourraient contribuer à régénérer les herbiers et produire par défécation un engrais naturel. À partir d’autres lamantins élevés en captivité, naîtront de nouvelles générations qui seront introduits dans le Grand-Cul-De-Sac marin, ceux-là, nés dans le milieu, sont censés être adaptés et survivre. Ce vaste programme de reproduction ne répond pas, selon moi, à une question basique : si le lamantin a été décimé il y a un siècle, quelles causes risquent de produire les mêmes effets ?… Mais, bon… Je ne suis pas un scientifique, je ne comprends rien aux programmes européens. Je ne suis qu’un pauvre animal malade, en partance.

D’UNE MÈRE À LA MER… L’ÎLE RÉSISTE OU HÉSITE

Dans la rubrique Paroles de Virjil

Une mère vous entoure de son affection et parfois de ses colères, vous êtes ses enfants. Une mer vous entoure, ses lames vous caressent les plages et ses colères vous fracassent parfois quand vient le vent des cyclones, vous êtes une île.

Quand la mère se meurt, simplement d’avoir trop longtemps respiré ; quand la mer désespère de pouvoir vous nourrir encore longtemps, les uns et les autres, enfants de la mère ou habitants de l’île, vous devenez orphelins. D’un côté, par la perte d’une mère ; de l’autre, par manque d’avenir.

Cette semaine, une partie d’une île, ceux de Jabrun (Baie-Mahault) en particulier, mais aussi l’ensemble du monde du Gwoka et, plus encore, tous ceux qui défendent ou illustrent l’identité culturelle guadeloupéenne, prennent le deuil de Man Soso. Cette même semaine, les gens de la mer ont organisé des barrages sur terre, parce que leurs cris d’alerte lancés de la mer ne suffisent plus à les faire entendre sur toutes les îles de la Guadeloupe.

Athénaïse Ludovique Bach Dino, dite « Man Soso » est morte dimanche, à 99 ans. C’était la mère d’un musicien de légende, Guy Conquet, disparu en 2012. On ne peut pas dire lequel, du fils ou de la mère a honoré l’autre, mais il est certain qu’ils ont tous les deux honoré cette musique ancestrale qu’est le Gwoka. Celle venue par la mer avec d’innombrables cargaisons d’africains féconder nos îles sous le fouet. Le fils, par sa voix et sa créativité, la mère en accompagnant son éclosion et en faisant de sa propre maison un lieu de résilience culturelle, un creuset où la cadence et la lokans du ka nous racontaient notre histoire. Aujourd’hui, on les pleure tous les deux, mais qui mérite ces larmes ? Eux qui sont partis à jamais ? Ou l’Avenir de ceux qui restent et qui naîtront dans nos îles, ne sachant plus très bien à quel chemin prendre ? Comment sauver ces futurs Man Soso et Guy Conquèt, déjà presque étouffés dans les réseaux de notre société de consommation, dont le-buzz est le mot de passe?

Puis sont venus les gens de la mer, marins-pêcheurs, pour nous rappeler ce que nous savons, mais oublions. Que nous sommes des îles avec plus d’espace maritime que d’espace terrestre, que la mer est en cela la mère nourricière de la terre et de ses habitants. À travers quoi ? Tout ce qu’elle peut produire pour l’alimentation, la santé en général, l’énergie non polluante, nos propres loisirs et le tourisme. Outre les problèmes bien connus de pollution par les pesticides, qui a permis la limitation de la zone traditionnelle de pêche, sans indemnisations sérieuses des professionnels et le prix élevé des carburants, le principal fléau est la concurrence  massive du poisson importé. Parce que, de surcroît, la Zone Economique Exclusive de la Guadeloupe a été délimitée lors d’un Traité entre la France et le Venezuela. Enfin l’intégration de la Guadeloupe à l’Union européenne interdit de définir une politique de la pêche dans notre pays, en fonction de nos propres besoins. La pêche guadeloupéenne relève donc de la politique commune européenne qui ne souhaite pas l’augmentation de ses capacités de production.

Pour conclure par un événement très symbolique : selon un témoin, le barrage du pont de la Gabarre a été dégagé par un tractopelle réquisitionné par le préfet ! Les déchets, restes de pneus brulés notamment, sont jetés par-dessus le pont, dans la mangrove, nurserie de nombreuses espèces. Du plastique et de la ferraille sont déversés sous les yeux de nombreux témoins et sous la protection des forces de l’ordre

Le préfet n’aurait pas pensé à réquisitionner un camion pour collecter ces déchets. Polluer encore davantage notre réserve pour disperser les marins-pêcheurs en grève lui a semblé une meilleure option. Crime prémédité ou non ? Les beaux esprits, toujours agacés par la moindre perturbation de la circulation s’écrieront sûrement : présomption d’innocence !… Pas d’injure ! Ils ne ménagent pas notre mer, mais nous, nous respectons toutes les mères… Dans ces îles orphelines.

CONFESSION [PRESQUE] VRAIE DE L’ÉLU LAMBDA

Dans la rubrique Paroles de Virjil

Moi  X, je vis en 2017 et je suis un élu politique de Guadeloupe. Que suis-je ? Ce pourrait être le thème d’une devinette pour veillées, dont la facilité cache des vérités complexes. Pourtant, j’ai tant de choses à dire…

Dans le sens commun, que recouvre le terme élu politique ? « À première vue »( selon l’expression consacrée ) ceux dont la tête revient souvent à télé ou la photo dans les journaux ou le nom dans les radios : les  Présidents des deux Assemblées, les 6 parlementaires, les présidents des Communautés d’Agglomération, le maires des deux principales villes du pays, Basse-Terre et Pointe-à-Pitre (plus historiques que déterminantes) ; plus rarement, un Président de l’association des maires ou, à l’occasion, un maire d’une commune en difficulté passagère. Cela fait en tout, à tout casser, une quinzaine de personnalités visibles. Aubaine pour la presse, les instituts de sondage et autres communicants, qui quittent rarement les sentiers battus.

On appelle cela, le microcosme politico-médiatique. Quelques arbres qui cachent la forêt des élus politiques, comprenant l’ensemble des élus régionaux, départementaux et municipaux : près de 800 femmes et hommes à parité. S’il faut parler de représentation politique du pays, issue du suffrage universel, c’est de cette addition qu’il s’agit. J’en suis… Élu non-visible d’une des collectivités majeures, mais pas moins élu du peuple.

J’ai des convictions et quelques idées précises de ce qu’il faudrait à notre pays. Mais, hormis mon petit cercle de supporters, quelques intimes anonymes, tout le monde s’en fout. De Gauche, de Droite, patriote, départementaliste ou régionaliste, cela est indifférent : je reste Léon, Léonie, Lékouz, Lévwaz, ou, aux yeux de nos mandants, Personne. De politique, la vraie, celle qui attesterait de la maturité d’une vie publique, il est peu question. Même au cours des campagnes électorales où les discours confinent à la réclame, sur fond de combinaisons façon tiercé.

Si je pouvais me faire entendre, le temps de m’exprimer complètement et régulièrement, ça changerait peut-être quelque chose dans l’opinion que le peuple a de ses élus. Parce qu’il est évident que lorsqu’on te pousse à mépriser ta représentation, on t’invite à te mépriser toi-même et casser ton miroir. J’ai fini par comprendre que ce qui m’aurait permis de faire connaître et comprendre mes idées au plus grand nombre, les médias, ne sont pas faits pour ça. Tu es sommé de répondre en deux minutes aux questions qu’on t’impose, quand tu n’es pas interrompu toutes les trois secondes pour t’entendre dire d’aller vite. Souvent le journaliste voulant avant tout s’auto-valoriser capte tout le temps en bla-bla et regarde le chrono dès que tu l’ouvres.

S’il n’est pas au cœur d’un scandale, l’élu Lambda n’intéresse pas la presse qui, pour sa part, n’a pas l’ambition de faire de l’information politique. Analyser pour le public toutes les délibérations prises en permanence depuis les Assemblées centrales jusqu’au moindre Conseil municipal: les bonnes et les mauvaises, forcément politiques, puisqu’elles scellent l’air de rien le sort du pays. Ce travail d’investigation, quotidien et critique, redonnerait sa dignité au journalisme politique  et un sens à la fonction d’élu. Serait-ce, dans un pays de la taille du nôtre, un travail surhumain ? Je pense en premier lieu à ceux du Service Public, fonctionnaires grassement payés pour une demi-heure du même journal rediffusé trois fois par jour. La récompense serait pourtant une opinion publique plus nourrie, plutôt que du copier-coller de tics et de clichés venant d’ailleurs.

L’élu Lambda que je suis, avec des centaines d’autres, n’intéressant pas la presse, finit à son tour par s’en désintéresser … Tandis que la quinzaine d’élus privilégiés se prend au jeu, se conforme à avoir le langage incolore et convenu des plateaux, de mon côté, je me dis « Tant pis ! », mais sans être résigné. Simplement pour ne pas avoir à cogner quelqu’un.

Terroir en mode survie

Dans la rubrique Paroles de Virjil

Cyclones… 0uragans. Appelez les l’un ou l’autre et traitez-les de tous les prénoms ! Ça passe, ça casse, détruit tout en quelques heures et ça s’en va, mais le désastre ne s’en va pas aussi vite. On dira même qu’il s’installe pour longtemps.

Les plus effrayants des dégâts sont immédiatement visibles : des paysages défigurés, des villes édentées. Habitats soudainement écroulés. Toujours beaucoup de sans-abris, de nécessiteux de l’élémentaire. La plupart était déjà dans la précarité avant, mais plus cachés, par contrats aidés.  Ces catastrophes-là, dans le spectacle qu’elles offrent, engendrent le pire et le meilleur. Le pire, ces images-chocs qui remuent le couteau dans la plaie. Le meilleur, ces élans d’une solidarité qu’on croyait perdue, enterrée.

La vie et la terre

Assez vite, la vie reprend ses droits. On va vivre. Certes, moins bien, mais aussi vivants qu’avant les vents.  Et voilà que se révèle le désastre le moins visible. Celui subi par la terre nourricière. Longtemps elle souffrira en silence, cette terre. Et les fleurs, les fruits et légumes, les abeilles, les oiseaux et autres animaux, et ceux qui sont libres dans la nature, et ceux que l’homme élève. Immense catastrophe!  La vie va reprendre ses droits sur une terre qui ne donnera pas de sitôt le nécessaire à la vie de la population, telle qu’elle puisse se nourrir comme avant du minimum qu’elle produit.

Tout serait affaire de commerce ?

À ce stade, resurgissent les inégalités latentes. Selon qu’on regarde l’avenir du point de vue des lobbies de l’Import et de l’export ou du point de vue de ceux qui nourrissaient d’ici le marché intérieur. L’Import renifle l’aubaine sur l’agonie du marché intérieur. L’export veille au grain pour des subventions qui viendront sûrement, surtout pour les cultures toujours privilégiées : la canne et la banane. Deux cultures de toute éternité vouées à l’exportation et qui, de ce fait, représentent la fonction économique impartie à l’outre-mer par rapport à la Métropole et la nature d’un lien politique. De plus, elles emploient forcément beaucoup de salariés, des salariés pour consommer. Mais consommer quoi ? Quoi d’autre qui vienne de la terre du pays ?  De Paris, on s’émeut officiellement beaucoup moins de la destruction du secteur fruitier et maraîcher, des petits élevages (bovins, caprins,  porcins, aviaires), de producteurs de miel, de la culture florale, tandis que les acteurs de ces secteurs sont appelés à entamer une longue et difficile reconquête du marché intérieur… Non, tout n’est pas affaire de commerce. Lorsqu’on appartient à une terre, ce n’est pas pour des prunes…importées. Les Guadeloupéens, qui commençaient à privilégier la consommation de produits locaux, rechuteront face à l’offensive des produits d’importation.

Aide-toi ! Et le Ciel… ?

Le Conseil Régional aidera toute l’agriculture, dans la mesure de ses possibilités. Tandis que l’Etat, bien plus soucieux de réduire sa dette pour faire bonne figure devant l’Europe trainera les pieds. Longtemps, longtemps… Aussi longtemps que pour les aides promises après la tempête Matthew, toujours attendues. Matthew, qui s’en souvient encore, hormis les agriculteurs ?… L’après-cyclone est aussi affaire de savoir comment compter avant tout sur ses propres forces, les forces unitaires des producteurs, en recherchant aussi d’autres solidarités …  Pourquoi pas ailleurs que d’habitude ? Des échanges fraternels.

M.K Virjil

Aller en Haut