1967-2017 QUÊTE CINQUANTENAIRE

Dans la rubrique Paroles de Virjil

Pour certains Guadeloupéens, l’année 2017 qui s’achève aurait été une parmi d’autres si elle ne marquait le cinquantenaire du massacre de 1967. Événement très lointain pour les nouvelles générations et encore présent, dans le souvenir et dans la chair de nombre de leurs aînés. Y-a-t-il pour autant deux catégories de guadeloupéens, l’une âgée et l’autre jeune, qui se tourneraient définitivement le dos ? Ça en a l’air, mais rien n’est moins sûr.

Observons deux événements apparemment sans rapport, qui se déroulent en même temps. L’un à l’université de Fouillole, Le Colloque International sur Mai 1967 ; l’autre pas très loin, au Pavillon de la Ville, près de la Place de la Victoire, Kamo Lari.

Le premier, quoiqu’il ait lieu à l’Université, attire plus de contemporains des événements de 1967 que d’étudiants ; le second a l’ambition de réunir les jeunes autour de la création artistique et il y parvient. Pour peu qu’en quittant l’un pour passer par la ville devant l’autre, le recueillement, le plaisir des retrouvailles entre anciens contraste avec le bouillonnement que l’on perçoit de la Place de la Victoire. Mais, peut-on en tirer des conclusions négatives ? D’un côté, les jeunes, plus précisément les étudiants, ne semblaient pas avoir été prioritairement conviés, de l’autre, les plus vieux ne pouvaient se sentir invités. Sauf les plus curieux dans les deux cas.

Il n’est pas absurde de penser que la Guadeloupe est et reste un vaste champ d’expression de tous les combats pour voir la lumière. C’est pourquoi les jeunes qui cherchent dans l’expression artistique comment exister en ce pays, avec d’autres ouvertures et d’autres goûts, sont sans le savoir les héritiers de ceux qui se sont dramatiquement heurtés au pouvoir, il y a cinquante ans. Certes, aujourd’hui, la jeunesse créative semble ne se heurter à rien. On dit la société permissive, les familles laxistes. Et les medias sont plus prompts à jeter leur dévolu sur la jeunesse, comme sur une source de jouvence. Puisqu’il faut divertir pour se faire pardonner de mal informer. Or, c’est précisément à cette société du spectacle et de la consommation que se heurte la créativité de la jeunesse. Elle est souvent enfermée dans la cage d’un format : le goût du jour, le buzz de l’instant.

Entre les deux, dans cette même Guadeloupe, il y a une parole qui se croit écartelée parce qu’elle circule mal. Mai 67, puisqu’il s’agit d’histoire et d’un fait de société majeur, aurait pu être un thème proposé aux étudiants dans leur programme, aux heures de cours. L’Université s’est contentée d’être le lieu d’un Colloque, au même titre qu’aurait pu l’être toute autre salle de conférence. Kamo Lari, même si son thème central est celui de la « culture urbaine », semblait s’ouvrir aux arts de la rue. La rue qui, littéralement, est l’espace commun, mais est laissée aux jeunes, comme pour s’en débarrasser.

Quelle que soit sa différence de forme, de rythme, de rime, qu’elle soit brûlante ou plus savante, la révolte a les mêmes origines. On pourrait aussi dire qu’elle n’a pas d’âge. Pourvu qu’on se demande, en revanche, pourquoi c’est la langue créole qui, sans hésitation, en est le véhicule privilégié et pourquoi les musiques intégrées viennent davantage de la Caraïbe ou plus généralement de l’afro-descendance des régions proches. En remontant l’histoire, on en arrive à 1967. L’année où, « dans un miroir de sang, sous des éclairs de mitraillette » de jeunes guadeloupéens ont vu leur pays définitivement différent.

Au fond, on serait tenté de dire qu’aujourd’hui, l’argile qui fait défaut à la Guadeloupe pour se pétrir un avenir, ce sont les guadeloupéens. Il en sera ainsi tant que telle catégorie, élite intellectuelle ou non, secteur professionnel ou tranche d’âge, s’arrogera à elle seule le monopole de l’identité. Dialogue, échange, tout ce qui est propre à réinventer les solidarités nécessaires, est désormais bon à prendre.

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